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Münchener Augustina

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Si la brasserie tourne, c’est tout, et c’est tout autour d’elle. Autour de toi, autour altier, autour de ta présence intermittente. C’est autour d’un regard de plus en plus d-istant, mais pourquoi, parce que tu m’as vu, de plus en plus ins-istant, des yeux de plus en plus verts, de plus en plus précis, de plus en plus perçants, des yeux devenus un regard, consistant en un re-gard, un é-gard et un non-é-gard. Des yeux qui ont fini par se fermer, à ton dernier passage qui fut pourtant, paradoxal, un frôlement aérien.

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Et la brasserie replie ses quatre ailes de lépidoptère géant et vibrionnant, chrysalide fourrée d’hommes las et laids, clients et serveurs, unis dans l’ignorance de ce que tu leur portes sur ton plateau, tapis volant de leurs souhaits triviaux, de leur désir confus de cette bière que tu as fait mousser, là-bas, au bord du comptoir, d’un geste éclatant et professionnel comme n’en a aucun des vieux sommeliers sans vrai visage et sans regard. Tout ça, qui virevolte au creux de ta chevelure astrale, ce sont les choses qu’ils ignorent, et que je sais, et qui me tuent.
Tes yeux sont verts comme ton tablier est long, et tes souliers comme de pain d’épice. Ta bouche est d’un rouge meurtrier et modeste et c’est elle qui fuit la première. Que peut-il en sortir ? Qu’en sortirait-il si la mienne s’ouvrait, te barrait le passage, ce qui serait si facile au coin de cette table haute sans coins, en faisant tomber mon tabouret, en le rattrapant de justesse, et en sous-riant ? Où irait ce dialogue de gestes purs, d’agacements imperceptibles, de lèvres cousues dans la plus belle des postures d’onyx peint ?
Jamais je n’aurai envie de toi, d’elle. Elle est si loin que son souffle rejoint son regard, elles sont trente, les étranges années que soutient ton haleine invisible, respires-tu seulement ? Ou n’es-tu que cette réconfortante poupée au pied de l’arbre, dont l’exhalaison immatérielle enivre l’enfant grandi, grandissant, gravissant parti à l’assaut de son destin, une fois de plus, du pied de l’arbre et d’un pied hardi ?

Tu rejoindras plus tard son rêve géométrisé, dans la salle idoine du château d’un duc assoiffé du genre de beauté que tu sers, écuyère du costume velours d’où rien ne dépasse qu’une main prompte et un discours muet, éloquent, définitif. Il est trop tard.
Il est trop tard, ce soir mouillé d’aujourd’hui, pour en sortir les autres mains de tes hiers stériles, sans parler de la grammaire de tes mots. Bien sûr tu seras, avant même que j’aie fini d’écrire, dans quelque chose de plus chaud et peut-être ôteras-tu une perruque, des lentilles colorées. Et tu oublieras ce passant importun qui n’existe sans doute que dans mes craintes routinières, et tu le passeras par pertes et dépits, passe, impair et rouge n’est-ce pas ?
Mais n’es-tu pas le juste grain dans la juste bourrasque de fièvre, sur ce sol dallé, dans ses interstices en losanges, dans leur boue fertile ?

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