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La Beauté

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Beauté

Baudelaire nous enseigne que la beauté ne s’oppose pas à la laideur, mais s’y compose. Ce qui nie la beauté, c’est la platitude, l’insignifiance, la vulgarité (et encore ce dernier terme à clairement distinguer).
La beauté est un composé de canonique et de déviant, où ce dernier doit nécessairement dominer. Il y a donc un paradoxe, dans le sonnet qui semblerait (à un lecteur pressé) définir la Beauté. Ce sonnet doit être pris avec précaution. C’est une prosopopée, ce qui signifie chez Baudelaire une profonde altération discursive. La Beauté parle de loin, de sa voix lointaine (Verlaine), et se présente en abyme : voilà mon discours, voilà ce que je désire, converge à être. C’est un adversaire, voire un ennemi, et du poète.
Étrangement, il résiste une opposition polaire beauté/laideur. La laideur serait où le déviant n’est plus suffisamment composé de canonique, de relié. Artaud tombe dans la laideur. La laideur seule ne peut rien, que détourner, dissuader.
La beauté est dans la blessure (« À celle qui est trop belle ») appliquée à ce qui a « tout pour plaire », c’est-à-dire (en menace) rien. Ce qui n’a rien perdu, rien laissé en chemin, ni surtout rien subi, n’est pas beau, ni joli (joli, c’est beau avec un vrai humour, un léger décalage de hauteur – de haut en bas, mais moderato).
La beauté est dans cette blessure, dans ce manque de totalité qui seul ouvre la voie au regard (sans cela, clartés éternelles en effet, traîtres yeux, les yeux que voit Guillaume Apollinaire).
Elle est belle parce qu’elle est blessée, a été blessée – et va être blessée par mon approche. Elle est belle en cela que je reconnais la trace d’une constellation de blessures, d’une suite d’approches avec blessure, dans laquelle je peux croire m’insérer.
D’où l’effet de reconnaissance. Les yeux, miroirs de l’âme ? Foutaise. Ce que dit Baudelaire, ce sont des yeux qui renvoient le poète à ses propres spéculations, qui protègent, gardent jalousement l’intima. Leurs clartés impassibles trompent et détournent. La reconnaissance dans les yeux est un stade très initial de l’amitié : où Je me reconnais d’abord (indispensable) comme histoire, avant que ces yeux s’ouvrent vraiment, parce qu’on a appuyé un ressort secret qui est ailleurs (les mains, l’oreille, le ventre) et parce qu’on est trop près d’eux pour qu’ils nous enchantent encore. Elle ferme les yeux, la chétive, sans savoir que ses paupières sont aussi éloquentes maintenant. Un rideau de tulle, théâtral.
Le Beau n’est pas le Bon. La beauté est ce qui excite l’inquiétude motrice, ce qui me met hors de moi pour de bon. Le grain de beauté, c’est ce qui incarne la mixité de la beauté, c’est ce qui attire le chercheur d’or, ce qu’il tamise (van à battre ou crible d’orpailleur), ce qu’il distille quand il est là en face. La beauté sera convulsive… contresens post-romantique. La beauté exige une méditation calme, un long regard pénétrant et mémorisant, de face, sans tromperie.

QuasiNaves

EMMA_THOMPSON

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