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Confinement 1

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Confinement 1

Comme tous les matins
Chaque matin plus proche de l’été
Chaque matin soleil enfant dans le trouble des bosquets, des grands bois
Encore innocent le soleil, encore espiègle là-bas jouant à monter librement
Plaisantant avec les feuillages adolescents
Encore non averti de son dard impitoyable et fou
Surlignant l’immobilité sage du cerisier, de l’érable, de la maison jaune
Par sa course qui semble encore, à cette heure, un peu folle, erratique.

Comme tous les matins
Chaque matin plus proche du futur déclin des jours
Chaque matin l’herbe libre de pousser en tous sens, ivre de rosée, amoureuse de ses propres primevères
L’érable roux qui pousse déjà, si imprudemment, si constamment
Sa fine silhouette vers le zenith encore inoccupé
Le thym tacite parmi l’enchevêtrement des ronces, attendant sa courte minute de soleil
Le pommier étêté qui tend ses bras au ciel, imitant gaiement l’érable vert à distance de hamac

Comme tous les matins
Chaque matin plus proche de l’automne aimé et redouté, de l’anniversaire
Chaque matin le merle se multiplie aux quatre angles du petit monde
Le merle qui d’abord emplit le futur jardinier de la terreur nocturne encore non dissipée
Et dont je sais qu’il l’emplira d’abord, ensuite, toujours, de nostalgie aiguë
Puis, au fil du jour, de nostalgie nacrée, puis veloutée
Puis, d’un bonheur de bord de vaste paysage, où les ravines se creuseront de solitude au loin
Le merle aussi innocent que le soleil, son grand frère turbulent et vite brutal

Comme tous les matins
Chaque matin plus proche du matin suivant
Chaque matin le café
La vaine résolution de lui accorder toute notre attention
Son goût roboratif et routinier, son éternité de peu, de rien, de tout un univers
Le café lentement s’infiltre dans notre âme
Et dans notre rein
Laissant, ça et là, son marc prédictif, son mécanisme de train névrotique
Tachant les documents et les organes dans un climat d’orgie, d’orgie, d’orgie

Comme tous les matins
Chaque matin plus proche du matin fatal
Chaque matin le poème pour conjurer le réveil
Le poème imprégné des rêves déments du petit jour, des aventures circulaires
De l’errance atroce dans les rues des villes désertes et courbes, sans horizon
Le poème pourtant guérisseur et embaumeur, farci des souvenirs heureux de la langue apprise
Sans cesse apprise et calfeutrée dans les alcôves
Dans ton sexe immense, dans ton aisselle parfumée

Comme tous les matins
Chaque matin plus proche du cosmos vénéré
Comme un soir renversé, une pluie immobile d’étoiles familières

QuasiNaves 11 Avril 2020

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